Angelo Maria AMOREVOLI
programme du dimanche 21 mai 2017

 

Le ténor Angelo Maria Amorevoli (1716-1798) débute à Venise, sa ville natale, dès l'âge de treize ans, et se voit vite admis à la chapelle ducale de San Marco se révélant d'une précocité étonnante, particulièrement pour une voix naturelle ! Il poursuit ses succès à Trévise dans Ottone in Villa de Vivaldi, puis à Rome où il chante Mitridate et Siface de Porpora. Il n'a que quatorze ans lorsqu'il chante Dalisa de Hasse à Venise, avec la Bordoni, une des une chanteuse d'opéra du XVIIIe siècle les plus en vue. Son succès le mène sur les grandes scènes italiennes au cours des années suivantes : Pesaro en 1735 dans Tito vespasiano de Hasse ; Alessandro nell'Indie de De Majo en 1736 à Naples et celle de Hasse à Venise la même année ; Adriano in Siria de Lampugnani à Padoue en 1740 etc. Parmi les représentations mémorables de cette période figure l'inauguration du mythique San Carlo de Naples en 1747 où Amorevoli obtient un vif succès dans Achille in Sciro de Sarro aux côtés d'une distribution étincelante : Vittoria Tesi, Anna Peruzzi et les castrats Manzuoli et Marianino. Amorevoli se produit également à Vienne, dans Feraspe, un opéra perdu de Vivaldi (1739), puis fait ses débuts à Florence en 1741 dans Arminio in Germania de G. Scarlatti, ainsi qu'à Turin. Puis il se rend à Londres : au King's Theatre, il obtient un grand succès, avec le castrat Monticelli et les opéras du vénitien Galuppi, au point que Charles Burney, le grand critique musical de l'époque, écrit dans son « Histoire de la musique »: « Amorevoli était un admirable ténor. J'ai entendu de meilleurs chanteurs dans cette tessiture, mais aucun n'avait autant de goût et d'expression à la scène». Engagé à la cour de Dresde dès 1742, Amorevoli n'y débute qu'en 1744 dans L'Asilo d'amore de Hasse ; à partir de là, il interviendra dans presque tous les oratorios et opéras de Hasse, côtoyant les plus grands chanteurs du temps (Bordoni, Annibali, Carestini, Monticelli, Pilaja, Albuzzi, Teyber, etc…). Bien que fixé à la cour de Saxe, Amorevoli continue de se produire à Vienne et à Milan. En 1748, il créé le rôle de Mirteo dans La Semiramide riconosciuta de Gluck à Vienne pour l'inauguration du Burgtheater. De Vienne, Metastasio écrit en 1750 à Farinelli, chargé d'organiser la vie lyrique madrilène, qu'Amorevoli ne peut répondre favorablement à son invitation car il lui est impossible de quitter la cour. Après avoir créé Siroe de Hasse, Amorevoli se retire de la scène en 1764 et limite ses apparitions à la Cour jusqu'en 1771. Il finit sa vie dans cette ville de Dresde qui lui a porté ses plus grands succès, sa longévité lui ayant permis de s'imposer auprès des prime donne et primi uomini de la scène internationale. M. De la Lande, dans son « Voyage en Italie », prête à Amorevoli la capacité de pousser sa voix de poitrine jusqu'au contre-ré, chose remarquable à l'époque, où les ténors d'école italienne usaient du falsetto après le sol4, et le compare à la haute-contre Jelyotte. Charles-Albert, électeur de Bavière, commente ainsi les représentations de Siface de Bologne, avec Carestini et Salimbeni : « Cependant la voix naturelle d'un certain Amorevoli a paru l'emporter sur tous ; je puis dire qu'aucun chant de basse-taille ne m'a su toucher comme celui-ci ; il a une agilité étonnante, fait tous ses agréments avec bien du jugement et surpasse encore, selon mon goût, le fameux Paeta [Paita], qui était le plus approuvé en Italie ». Enfin, dans son « Histoire du bel canto », Rodolfo Celetti estime que les airs de Hasse écrits à son intention marquent un sommet de difficulté dans l'art ténoral, ainsi que la tendance à étendre les tessitures vers l'aigu. Amorevoli est sans aucun doute l'un des premiers ténors de l'histoire du chant.

Le point de départ de ce programme fut la découverte de manuscrits d'opéras de Johann Adolf Hasse (1699-1783), où le nom d'Amorevoli revenait de manière récurrente, dans un répertoire peu donné de nos jours, sans doute compte tenu de sa difficulté : il n'est pas rare d'y trouver des contre-uts ou des contre-ré, preuves qu'il existait déjà quelques grands ténors capables de chanter un répertoire d'une telle virtuosité. Comme le prouvent les airs écrits à son intention, Amorevoli apparait comme doté d'une tessiture très étendue et d'une technique hors du commun (traits vocalisants ardus mais élégants, usage de roulades et de fusées, profusion de trilles et d'ornements). Ce « premier grand ténor » semble bien être le point de départ d'une aventure bel-cantiste dont la musique de Rossini et les interprétations d'Adolf Nourit seront les témoignages d'un même goût pour la virtuosité et une manière de chanter si caractéristiques. Après plusieurs mois de recherches dans différentes bibliothèques européennes, il est apparu clairement que la musique de Rossini s'inscrit dans la lignée de celle de Hasse, véritable « star » en son temps, et des premiers compositeurs italiens bel-cantistes. En se penchant sur la carrière opératique d'Amorevoli entre 1729 et 1764, plus de deux cent airs écrits à son intention ont pu être réunis et classifiés : deux opéras d'un Vivaldi déjà vieillissant, certains autres de Porpora, Leo, Sarro, Porta, Giacomelli, Feo, Lampugnani, Traetta, mais surtout une très importante production de Hasse et Galuppi, deux opéras de Gluck et deux de Wagenseil. Georg Christoph Wagenseil (1715 - 1777), dont nous donnons ici un bref aperçu de sa musique instrumentale, bien qu'oublié de nos jours, était aussi célèbre en son temps que Hasse et Gluck, et très estimé notamment du jeune Mozart. Enfin, premier compositeur de l'école napolitaine à maîtriser complètement le contrepoint harmonique moderne, Leonardo Leo (1694-1744), célèbre pour ses quelques soixante opéras, nous laisse également six Concertos pour violoncelle (1737-38) dotés d'une expressivité bel-cantiste digne des grandes voix.
        
            
Sebastien Monti



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